Des contraintes aux opportunités
Par montbeliard • 26 mar 2009 • Catégorie: Contribution généraleRéalisée par un citoyen du Pays de Montbéliard, cette contribution s’articule autour des trois thématiques que sont la spécialisation économique, l’émiettement du territoire et les spécificités de notre territoire.
Cette note s’organise autour de trois thématiques principales qui me semblent être les tendances lourdes et les enjeux majeurs qui caractérisent notre agglomération et en font la spécificité. Elle est courte pour pouvoir être lue plus facilement. J’ai volontairement limité mon propos à ces trois thématiques pour ne pas tomber dans un inventaire à la Prévert et garder toute leur force à ces idées principales.
1. Une triple vulnérabilité économique :
Le Pays de Montbéliard se caractérise par le poids exceptionnel du secteur secondaire dans son économie. De plus ce secteur est lui même organisé autour de la mono industrie toute entière tournée vers l’automobile et ses prolongements. Enfin ce secteur d’activité est tout particulièrement concerné par la raréfaction des énergies fossiles et la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre.
Le poids du secteur secondaire est un premier facteur de fragilité. En effet il est constitué pour l’essentiel d’emplois de production donc par nature d’emplois délocalisables. De ce point de vue l’agglomération de Montbéliard est donc exposée, bien plus qu’une autre, aux effets de la conjoncture actuelle : une ville qui dispose d’un secteur tertiaire très développé, comme c’est le cas pour une préfecture qui dispose d’une université, de services publics départementaux, d’administrations, de services à la personne,etc…, sera bien moins affectée par une perte d’emplois dans son secteur secondaire dont le poids reste assez limité ; les choses se présentent de façon très différentes pour une agglomération dans laquelle ,l’emploi secondaire représente encore 50% des emplois.
Cette vulnérabilité se trouve encore renforcée par le fait que ces emplois secondaires, dépendent en bonne partie de l’industrie automobile ou de ses sous traitants et, de surcroît, d’un seul et même groupe industriel.
Enfin, et comme si cela ne suffisait pas, l’industrie automobile est tout spécialement impactée par la raréfaction des énergies fossiles et la nécessité impérieuse de limiter nos émissions de C02. Il s’agit là d’un défi majeur pour l’industrie automobile. Face à cette situation, le monde de l’automobile doit trouver d’autres modes de motorisation pour pouvoir continuer à exister. Ce défi peut être relevé en deux temps : à long terme en recherchant des techniques nouvelles non polluantes en rupture avec les solutions actuelles, et à court terme en améliorant les solutions existantes pour réduire les consommations et les émissions et limiter leur impact sur l’environnement.
Pour le long terme tout reste à faire : beaucoup de fausses bonnes solutions sont avancées (voiture électrique, pile à combustible…) : elles ont toutes en commun la caractéristique de ne rien régler du tout en opérant seulement un transfert de pollution : ce n’est plus le véhicule lui même qui pollue, on reporte la source de pollution ailleurs sans pour autant la supprimer ni même la réduire.
Pour le court terme il y a urgence à réagir : le moteur thermique tel qu’on le connaît aujourd’hui peut encore être largement amélioré pour le rendre plus efficace et moins gourmand en énergie donc moins polluant. La motorisation hybride par exemple, est une vraie solution, partielle certes, mais une vraie solution. Elle permet de réduire d’un tiers environ la consommation des moteurs actuels en valorisant l’énergie dissipée dans les freinages et décélérations.
Dans ce contexte, quelles sont nos marges de manœuvres et en quoi pouvons nous influer sur notre avenir ? Deux leviers sont à notre disposition pour agir sur notre destinée:
Le pôle véhicule du futur:
Notre engagement dans le pôle véhicule du futur peut être l’opportunité de développer des solutions innovantes dans le domaine automobile mais surtout dans celui de la motorisation qui sera, à n’en pas douter, le point clef de l’avenir de ce mode de déplacement. Tout ce qui touche problématique de la « boucle d’air » est plus que jamais stratégique pour l’avenir de l’industrie automobile toute entière et pour l’avenir de notre agglomération. Elle pourrait y trouver un lieu d’expression de son savoir faire automobile et faire de Montbéliard un pôle d’excellence international dans la conception des motorisations « écologiques »
L’Aire Urbaine Belfort Montbéliard :
Le constat dressé n’est vrai que si on se limite au cadre du Pays de Montbéliard. Il est très différent si on élargit notre cadre de réflexion à l’ensemble de l’Aire Urbaine qui présente un profil beaucoup plus équilibré. Les points de fragilité évoqués précédemment sont bien moins prégnants si on globalise : la part du secteur tertiaire est nettement plus importante, le secteur secondaire est lui même plus diversifié ; enfin, ce même secteur secondaire comporte d’ores et déjà un volet important sur les transports en commun qui seront nécessairement appelés à se développer si le marché des véhicules individuels venait à diminuer fortement. Il y a donc tous les ingrédients d’une vraie complémentarité entre les agglomérations de Belfort et de Montbéliard pour pouvoir aborder l’avenir avec sérénité.
2. Une agglomération émiettée :
Le Pays de Montbéliard se caractérise également par son émiettement. Un émiettement lui aussi à trois niveaux :
- Un émiettement au niveau géographique ; c’est ce qu’on perçoit en premier. Une ville centre qui ne représente qu’un petit quart de la population globale, une juxtaposition de communes qui ne parvient pas à créer une vraie ville de taille moyenne.
- Un émiettement au niveau de l’image et de la conscience collective : le Pays de Montbéliard est en manque d’identité. Quand on demande à un habitant d’une commune du Pays de Montbéliard de dire où il habite il va hésiter entre le nom de sa commune, qui n’évoque souvent rien à l’extérieur, Montbéliard qui ne lui semble pas recouvrir la globalité de l’agglomération ou encore « le Pays de Montbéliard » trop long et qui véhicule une image désuète
- Enfin, un émiettement en terme de gouvernance. On le constate tous les jours : les compétences sont dispersées entre les communes et l’agglomération et sont parfois tributaires du principe de subsidiarité exercé par les communes alors que les projets importants, voire stratégiques pour notre territoire, ne peuvent relever que d’une vision d’ensemble et d’une compétence communautaire.
Dans ce domaine, nos marges de manœuvres sont sensiblement plus importantes et dépendent en grande partie de notre volonté :
- En matière d’émiettement urbain : on ne changera pas les choses d’un simple coup de baguette magique et Paris ne s’est pas fait en un jour. L’agglomération est dispersée entre ses 29 communes et ne se transformera pas en une ville dense de 120.000 habitants. Pour autant, la création du réseau de transport en commun en site propre (TCSP) est une vraie opportunité. Elle permet d’envisager très sérieusement de créer une centralité entre les 3 villes principales autour d’un axe fort qui les réunirait entre elles. On disposerait alors d’un vrai cœur d’agglo de prés de 60.000 habitants, lisible et attractif.
- En matière d’image et d’identité : Le vocable « Pays de Montbéliard » est essentiellement une référence historique: il regroupe pour l’essentiel les communes qui faisaient autrefois partie du duché de Wurtemberg rattaché à la France en 1793. C’est donc essentiellement une référence au passé. Il véhicule une notion de ruralité plutôt « pépère » très éloignée de la nature réelle de l’agglomération et encore plus éloignée de l’image d’excellence industrielle et d’innovation technologique qu’elle revendique. De surcroît elle renvoie à la notion administrative de « Pays » qui s’attache aux zones rurales. Au-delà de tout effet de mode, un nouveau sigle plus approprié serait le bienvenu. Dans notre cas ce n’est pas un gadget. Il ne faut pas négliger le poids des mots. Un jour le terme peu valorisant de « gaz de ville » ou, pire encore, de « gaz de houille » a été remplacé par celui de « gaz nat » : la formule est magique ; à elle seule elle véhicule l’idée d’un produit naturel donc nécessairement bon pour l’environnement.
- En matière de gouvernance : Nous avons derrière nous une longue tradition d’intercommunalité. Créé en 1959, le DUPM a été un des tous premiers districts de France. Cette organisation a permis de construire l’agglomération telle que nous la connaissons aujourd’hui. Basée sur un principe de mutualisation des moyens, elle a été, pendant longtemps, le bon outil pour gérer en commun les besoins du quotidien. Pour autant, elle montre maintenant ses limites face aux enjeux stratégiques qui s’imposent aux agglomérations pour exister sur la scène nationale. Il est temps maintenant d’envisager un autre mode de gouvernance dans laquelle l’agglomération parlerait d’une seule voix. Une intégration plus forte au sein du Pays de Montbéliard constitue le premier pas indispensable vers un fonctionnement « Aire Urbaine ». La transformation en communauté urbaine n’est plus possible aujourd’hui mais rien n’empêche d’évoluer vers plus d’intégration en prenant de nouvelles compétences comme la voirie ou l’urbanisme.
3. Une spécificité à cultiver
La population de notre agglomération est disséminée sur un vaste territoire organisé en suivant les vallées des 7 rivières qui irriguent le Pays de Montbéliard. Cette situation peut être vécue comme un handicap de par le manque de centralité qu’elle entraîne comme on l’a dit plus haut. Elle peut aussi, à l’inverse, devenir un atout et un élément d’attractivité pour peu qu’on sache en tirer profit.
Vouloir créer une centralité à tout prix pour ressembler à une agglomération type de taille équivalente est irréaliste : on ne déplacera pas les communes éloignées pour les rapprocher du centre de l’agglo. Ce n’est pas forcément non plus une fin en soit : plutôt que de chercher à ressembler aux autres il est tout aussi possible de cultiver notre originalité : l’innovation ne se copie pas.
Dans nombre d’agglomérations la nature est aux portes de la ville. Dans le Pays de Montbéliard, la nature est souvent dans la ville elle-même : c’est la campagne à la ville ou la ville à la campagne, comme on veut. C’est une des grandes caractéristiques qui nous distingue des autres villes ou agglomérations. Cette situation peut être appréciée par les « rurbains » originaires du cru, mais aussi par une tranche de population lassée des grandes métropoles et en recherche d’un mode de vie plus proche de la nature et de ses valeurs.
Il ne s’agit pas de faire du Pays de Montbéliard un haut lieu du tourisme vert, mais plutôt d’offrir à ses habitants un cadre de vie agréable en valorisant le patrimoine naturel. L’eau est présente quasiment partout mais elle est parfois peu visible et surtout peu mise en valeur. Souvent la ville tourne le dos à la rivière : Il s’agit de retourner la ville vers la rivière.
Le Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRi) a rendu nombre de terrains inconstructibles en les reclassant en zone inondable y compris en plein cœur de notre agglomération. Là encore, cette évolution peut être vécue comme une nouvelle contrainte ou comme une opportunité. Elle nous fournit l’occasion de mettre en valeur un patrimoine naturel riche en développant le projet d’infrastructure verte et bleue et de liaisons cyclables, tout au long des cours d’eau qui traversent l’agglomération.
Cette dernière proposition prend un peu le contre-pied de la précédente qui vise précisément à renforcer l’attractivité en créant de la centralité. Pour autant il n’y a pas obligatoirement antinomie entre ces deux idées. D’une part parce qu’évidemment la centralité n’interdit pas la présence d’espaces verts et d’espaces d’aménité au sein même de la ville. D’autre part, et surtout, parce que ces deux propositions sont complémentaires et constituent, ensemble, un projet de développement réaliste pour notre agglomération : créer une centralité là où c’est possible, c’est-à -dire entre les principales villes de l’agglomération, et cultiver notre spécificité en nous démarquant des autres agglos en valorisant au mieux les atouts de notre ville à la campagne.

30 mars 2009 à 19:51
Bonsoir,
Je me permettrai deux réflexions:
Fallait-il les Etats Généraux du Futur pour mettre en évidence ce que les politiques régionaux de gauche comme de droite n’ont jamais voulu admettre depuis 40 ans à savoir les risques d’une mono-industrie. On récolte ce que l’on a semé ou plutôt les mauvaises herbes que l’on a laissé pousser !
Pour ce qui est de cette “spécificité à cultiver” je suis à 100% d’accord pour valoriser l’aspect naturel et verdoyant de nos zône urbaines. Mais pourquoi dans ce cas certains de nos élus gérant soit les municipalités de la périphérie de ces trois villes soit la CAPM s’évertuent à densifier nos villages en construisant sur les moindres parcelles de verdure avec pour simple argument qu’il faut penser aux générations à venir. Oui évidemment qu’il ne faut pas faire n’importe quoi mais nous ne sommes pas en Ile de France. Ont-ils déjà pris un peu de hauteur et survoler l’ère urbaine ?
Cordialement.
D.G.
30 mars 2009 à 23:01
Bonsoir
comme d’habitude, beaucoup de blablas pour en plus enfoncer des portes ouvertes: YAKA FauKon et cie.
Habitants du Pays, n’attendez pas tout des politiques ! Ne laissez pas les autres décider de votre avenir !
Ca fait des années (+15 ans) que j’avais déjà alerté le maire de Montbéliard qu’on allait droit dans le mur avec la bagnole, mais bon…
Il faut toujours attendre une catastrophe pour que ça bouge et c’est bien dommage.
en tout cas, pour le moment, les résultats des contributions me déçoivent beaucoup !
A suivre